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A l’ère où être femme est synonyme de culpabilité

A toi, femme victime de violences commises par quelqu’un que tu connais ou non, que tu aimes, ou non. A toi, qui subis ou a subi des violences machistes ou des violences venant des femmes elles-mêmes, et peut-être même de celle que tu aimes… A toi, parce que je sais que tu culpabilises à la place de celui ou celle qui t’as fait du mal, parce que je sais que tu es confuse au point de ne plus savoir qui tu es, que tu te sens désorientée.

J’aimerais te dire que le mal que l’on t’a fait ne vient pas de toi. NON, tu n’as rien fait pour « provoquer » ça. Tu n’as pas choisi de vivre ce que tu as vécu. Tu n’es pas responsable de ces actes que tu subis, même quand c’est ce qu’il ou elle te rabâche en permanence : « Regardes ce que tu m’as fait faire », « Tu m’as poussé à bout », « Tu m’as cherché », « C’est de ta faute », « Tu fais tout pour m’énerver », « Ca ne serait jamais arrivé si tu avais fait ci, fait ça… », « Regarde comment tu es habillée, aussi », « Tu m’as provoqué », « Tu m’as énervé »…

Je sais que ta culpabilité est parfois renforcée par tes proches, tes amis, bref, ton entourage, qui fait partie d’une société baignant encore dans la culture du viol, dans le déni et la banalisation des violences faites aux femmes.

Ma chère, le harcèlement que tu subis n’est pas de ta faute. Et cette main aux fesses dans le métro, que tu ne l’as pas voulu. Et ces insultes, ces menaces, ces caresses, ces coups, tu ne les as pas « cherché ».

Ma chère, ne minimise plus l’inacceptable et ne t’en veut pas de ne pas avoir réussi à t’en sortir tout de suite, de ne pas t’être débattue, d’avoir été sidérée et incapable de bouger et de réagir face à une violence qui te dépasse. Ce sont des conséquences normales et fréquentes de ce type d’acte.Déconstruisons les normes qui nous empoisonnent, nous emprisonnent.

En ce qui concerne les violences conjugales, ma chère, ne pense pas que tu aimes ça, ne pense pas que c’est toi qui « a un problème ». N’oublie pas qu’on ne se libère pas comme cela de l’emprise que quelqu’un exerce sur nous. Souviens-toi qu’une relation axée sur le pouvoir et la domination n’a rien à voir avec l’amour. Pense bien qu’il existe une différence fondamentale entre des disputes – quel couple n’en n’a pas ? – et des violences verbales/psychologiques, des humiliations, des violences physiques, sexuelles, économiques, administratives, sociales…

Et j’en passe.

A toi, qui a subi une agression sexuelle, un viol, ce n’était pas à cause de la longueur de ta jupe, non, ni de ton regard, ni de ton comportement, ni de ta sexualité, ni de ton apparence, ni de tes fréquentations. Le viol, ou l’agression, c’est l’autre qui le commet. Tu n’y es pour rien. Je sais que tu as besoin de trouver du sens à ce qui n’en a pas pour toi, je sais que tu es tentée de penser que tu as dû provoquer quelque chose qui aurait déclenché chez l’autre cet acte. Mais NON ! Car une personne bienveillante ne t’aurait jamais fait cela. Elle n’aurait jamais tenté de te détruire, de t’instrumentaliser, de te déshumaniser pour sa propre satisfaction personnelle. Tout le monde ne commet pas des crimes, des délits, contre l’intégrité physique et psychique des femmes.

Non, tu n’es pas heureuse, tu souffres et tu dépéris. Tu minimise les crimes qui ont été commis contre toi, et pourtant tu ne supporterais pas qu’une personne que tu aimes vive la même chose.

Non, ce n’est pas à toi de te sacrifier, d’être son « médicament », même si parfois, la personne qui nous a fait ce mal est aussi la personne que l’on aime. Et pourtant non, ce n’est pas à toi de soigner cette personne, de l’élever pendant qu’elle, te diminue. Ce n’est pas à toi de t’oublier, pendant qu’elle t’isole, te désoriente, te déshumanise. Non, tu n’as pas à mendier l’amour, à mendier la guérison, auprès de l’être qui t’a rendue malade.

A toi chère battante, ne pense plus que tu n’as aucune valeur, ou moins que les autres, car tu as une valeur inestimable et ce n’est pas à ceux et celles qui nient ces violences de définir ta valeur. Tu n’es pas un objet, tu es une femme, avec tout ce qu’elle contient d’unique en son genre. Tu es un être à part entière, dont l’intégrité doit être protégée, comme tout un chacun. Tu as en toi des ressources et des richesses insoupçonnées, qui doivent être valorisées. Personne n’a le droit de te traiter de la sorte, de te maltraiter. Personne. Ma chère, ne t’en veut plus pour le mal que quelqu’un d’autre a commis.


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